Former des apprenants autonomes et des citoyens numériques par le coenseignement
Catégorie
Transformation du modèle traditionnel de l'école
Année
Ordre d’enseignement concerné
Projet en un coup d’œil
Ce projet porte sur l’implantation d’un modèle structuré de coenseignement intégrant un cours d’autonomie numérique pour tous les élèves du premier cycle du secondaire du Collège Reine-Marie, dans un contexte 1:1 Chromebook. Deux enseignants – l’enseignant responsable du numérique et l’enseignant disciplinaire – interviennent simultanément auprès d’un même groupe, leurs périodes étant jumelées à l’horaire, à raison de trois périodes par cycle de 15 jours. Cette organisation permet de développer conjointement les compétences disciplinaires et numériques dans des situations authentiques, de soutenir l’enseignement explicite et la planification conjointe. Les élèves gagnent en autonomie, en organisation et en engagement, tandis que les enseignants transforment durablement leurs pratiques collaboratives.
Changement souhaité
L’utilisation quotidienne du Chromebook a fait ressortir des besoins marqués en organisation du travail, en stratégies d’étude et en gestion efficace de l’information numérique. Plusieurs élèves peinaient à planifier leurs tâches, à exploiter les outils pour soutenir leur compréhension et à transférer leurs méthodes d’une discipline à l’autre. Du côté enseignant, l’intégration pédagogique du numérique reposait souvent sur des initiatives individuelles, rendant les pratiques inégales et difficiles à consolider. Le projet vise donc à offrir un cadre structuré et récurrent pour enseigner explicitement ces stratégies en contexte de classe, tout en créant un espace de collaboration permettant aux enseignants de développer des pratiques communes, durables et directement liées aux apprentissages.
Caractère innovant du projet
Le caractère innovant du projet repose sur l’intégration du coenseignement comme modalité organisationnelle inscrite à l’horaire, et non comme mesure ponctuelle. Cette structure stable a permis de décloisonner les rôles, d’instaurer une coresponsabilité face à la réussite des élèves et de normaliser la présence de deux enseignants en classe pour soutenir des besoins variés en temps réel. Le dispositif agit comme moteur de transformation en offrant un modèle transférable qui a déjà inspiré d’autres initiatives de coenseignement visant l’accompagnement des élèves en difficulté. Il contribue ainsi à l’émergence d’une culture d’intervention concertée, centrée sur la prévention, la flexibilité pédagogique et la réussite du plus grand nombre.
Étapes de réalisation
Le projet prend appui sur le lancement, en avril 2019, du Cadre de référence de la compétence numérique dans le contexte du Plan d’action numérique du ministère de l’Éducation. Une première ébauche locale est alors réalisée conjointement avec la direction des services pédagogiques et le conseiller pédagogique afin de déterminer les orientations pédagogiques et organisationnelles. Parallèlement, une veille est menée sur l’utilisation de la plateforme Google dans des établissements scolaires au Canada et aux États-Unis afin d’identifier des pratiques transférables.
Au cours de l’année 2020-2021, l’intégration progressive des Chromebook conduit à la création d’un cours d’autonomie. Un groupe restreint d’enseignants est formé pour concevoir des activités et établir une progression des apprentissages. Des enseignants volontaires en assurent ensuite l’enseignement, permettant une première mise à l’essai du dispositif.
En 2023-2024, l’analyse des retombées montre que les compétences développées se transfèrent peu dans les disciplines. Ce constat mène à l’officialisation d’un modèle de coenseignement. Un réaménagement de l’horaire – soit un groupe de moins par enseignant – libère une période par groupe pour cette modalité. Les élèves du premier cycle vivent désormais trois périodes de coenseignement par cycle de quinze jours en mathématiques, en sciences et en univers social avec un même duo composé de l’enseignant disciplinaire et d’un enseignant responsable du numérique.
La planification se fait en concertation lors de rencontres pédagogiques structurées réparties sur l’année. En classe, les interventions prennent différentes formes – enseignement explicite, ateliers, accompagnement en petits groupes et soutien individualisé – afin de développer les compétences numériques dans des contextes disciplinaires authentiques et d’en favoriser le réinvestissement.
Résultats et impacts
Depuis cinq ans, le dispositif a rejoint près de 4 000 élèves du premier cycle et trois cohortes d’élèves de 3e secondaire. Les données recueillies démontrent un transfert réel des apprentissages : sur 261 réponses, plusieurs élèves réinvestissent spontanément les outils dans d’autres disciplines (Canva, Studyo, Antidote) et appliquent des stratégies de vérification des sources et de gestion des communications scolaires. Les productions sont mieux structurées et réalisées plus efficacement. Les élèves manifestent un intérêt marqué pour des prolongements en robotique, programmation et IA. Les parents se disent rassurés de savoir qu’un enseignement explicite du numérique est offert dès la 1re secondaire et observent une autonomie accrue à la maison. L’utilisation de repères communs génère aussi des gains de temps en classe. Pour les enseignants, ces repères communs facilitent l’accompagnement des élèves, réduisent le temps consacré aux rappels techniques et permettent de se centrer davantage sur les apprentissages disciplinaires.
Conseils pour implanter ce projet
Le transfert du projet repose d’abord sur une vision pédagogique commune et l’engagement de la direction à soutenir l’organisation du coenseignement. Une implantation graduelle est recommandée : un projet pilote mené avec quelques enseignants volontaires permet d’expérimenter les modalités, d’ajuster la planification et de documenter les retombées avant une intégration plus systématique. Le modèle peut s’appuyer sur des périodes déjà existantes sans transformation majeure de l’horaire. La clarification des rôles, la présence de temps formels de concertation et un accompagnement en développement professionnel sont essentiels. Enfin, la souplesse des formes de coenseignement facilite l’adaptation aux réalités et aux ressources propres à chaque établissement.