Toujours plus haut – pistes de vélo de montagne
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Initiatives étudiantes
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Ordre d’enseignement concerné
Projet en un coup d’œil
En 2024, Paul, Olivier et Guillaume, trois élèves de 3e secondaire, ont rêvé grand. Un midi, ils ont eu une folle idée en discutant ensemble. Tous les trois étant amateurs de vélo de montagne, ils ont imaginé construire des pistes sur le terrain du Collège.
Était-ce possible? Ils n’en savaient rien. Croyaient-ils que le projet se réaliserait? Probablement pas, mais ils savaient qu’en ne tentant rien, ils n’obtiendraient rien. La suite appartient à l’histoire!
Changement souhaité
Le Collège est situé dans un environnement naturel exceptionnel, à même le Mont Saint-Bruno. De plus, il a récemment fait l’acquisition de près d’un million de pieds carrés autour de son terrain initial, l’agrandissant ainsi substantiellement. Ce dernier est immense et magnifique, mais son utilisation était sous-optimale à l’époque, ce qui n’encourageait pas les élèves à sortir et à voir leur environnement scolaire de manière différente dans le cadre de leurs cours et lors de leurs temps libres.
Le boisé derrière l’école présentait un potentiel incroyable pour un projet comme la construction de telles pistes dans le respect et la préservation de la faune et de la flore.
Caractère innovant du projet
Premièrement, cette initiative est si innovante, porteuse et significative qu’elle a partiellement influencé l’orientation de la planification stratégique 2026-2029 du Collège. Elle a eu l’effet d’une étincelle à partir de laquelle une multitude d’autres projets ont vu le jour : l’aménagement de pistes de cross-country, l’utilisation du boisé dans le cadre de cours de science pour des laboratoires, l’utilisation des pistes de vélo et de cross-country dans le cadre des activités du programme Passion Plein air offert au premier cycle, et même pour accueillir le championnat régional de cross-country l’automne prochain! Sans parler de plusieurs autres projets à venir…
Ensuite, observer un tel niveau de collaboration, d’inclusion et d’égalité entre des élèves de la première à la cinquième secondaire est quelque chose de plutôt rare dans nos milieux. Ces élèves apprennent non seulement des compétences qui leur seront utiles toute leur vie; ils se les enseignent entre eux dans le plaisir.
Aussi, la culture du vélo de montagne repose grandement sur l’implication bénévole pour la construction et l’entretien des pistes (corvées). « No Dig, No Ride » est une expression bien connue de ce milieu qui signifie qu’il est préférable d’y contribuer pour pouvoir en bénéficier. Cela s’arrime bien à ce que nous enseignons au Collège puisque l’engagement est l’une des quatre valeurs phares de notre code de vie. Il s’agit simplement d’une manière différente et originale de l’enseigner.
Finalement, le plus innovant est peut-être la posture de l’équipe de direction qui a fait preuve d’audace en faisant confiance aux élèves et en les encadrant juste assez pour les laisser réaliser leur ambition.
Étapes de réalisation
Après avoir eu leur idée, l’avoir élaborée, structurée et avoir pensé aux différentes questions qui pourraient leur être posées, Paul, Olivier et Guillaume se sont présentés devant le conseil des élèves. Cette instance démocratique leur a permis de raffiner leur projet en vue de le présenter à la direction.
Forts des conseils reçus, ils ont alors sondé l’intérêt des autres élèves du Collège, puis ont réfléchi aux emplacements potentiels, aux besoins matériels et financiers, à l’encadrement requis, aux enjeux d’assurances et de protection du territoire. Ils ont été prévoyants.
La direction a reçu l’idée avec beaucoup d’intérêt, révélant même que ces élèves lui ont fait découvrir quelque chose à laquelle elle n’avait jamais pensé. Ils ont ensuite été mentorés et accompagnés par M. Stéphane Larivée, directeur de niveau et de la vie étudiante, lui-même passionné de vélo de montagne.
Ils ont mobilisé plus d’une soixantaine d’élèves dans le comité Vélo de montagne, ont mis en place une structure hiérarchique permettant à M. Larivée de guider et d’orienter les chefs d’équipe (les fondateurs), qui attribuent ensuite des tâches et responsabilités aux autres membres du comité grâce à une application de gestion de bénévoles qui calcule aussi le temps d’implication individuelle.
Au quotidien, ils trouvent le moyen d’écouter les idées de chacun, tout en trouvant des compromis. Ils planifient les corvées, gèrent des dizaines d’autres élèves pour que le travail soit efficace, apprennent de leurs erreurs, tout en gardant le cap et en devenant de meilleurs leaders.
Résultats et impacts
En date d’aujourd’hui, ce sont plus de 70 élèves qui ont consacré plus de 878 heures de bénévolat au projet. 24 d’entre eux sont présents à 90 % des « corvées ». On compte 4 km de pistes divisées en huit tracés distincts. Trois nouvelles pistes totalisant 2,5 km sont en cours d’aménagement. Ce sont des pistes de qualité et accessibles à tous les élèves, que ce soit pour le vélo, la marche, la course, la raquette, etc.
Le projet est si innovant dans la communauté de vélo de montagne qu’il a suscité l’intérêt des créateurs de l’application Dig !t, une solution intégrée permettant d’optimiser, faciliter et favoriser l’action communautaire en sentier. Ceux-ci ont offert un abonnement gratuit au comité pour la gestion et l’attribution des tâches aux élèves impliqués.
Une collaboration est en cours avec l’organisme Vélo de montagne Saint-Bruno pour le développement et l’accessibilité de ce sport pour les citoyens des municipalités situées autour du Mont Saint-Bruno (Saint-Bruno, Saint-Basile et Sainte-Julie).
Des élèves ont explicitement révélé avoir choisi le Collège Trinité en raison de ce projet et de leur volonté de joindre le comité.
Bien qu’il ne soit pas réservé qu’aux garçons, par sa nature, le projet représente un tremplin de taille vers la motivation scolaire d’une partie de notre clientèle masculine. Ces élèves qui passent du temps dehors avant les cours et le midi, qui bougent et travaillent sur un projet qu’ils ont à cœur, sont naturellement plus disposés à s’asseoir en classe et à apprendre pour le reste de la journée.
Les fondateurs sont fiers d’avoir rassemblé autant d’élèves autour d’un même intérêt, d’avoir accompli quelque chose eux-mêmes et de laisser au Collège quelque chose qui perdurera, une empreinte.
Tous les élèves du comité sont fiers de contribuer à aménager l’école en fonction de leurs goûts, de se découvrir des aptitudes insoupçonnées et d’acquérir de nouvelles compétences concrètes et transposables. Pour eux, l’école est assurément plus significative.
Conseils pour implanter ce projet
Ce ne sont pas toutes les écoles qui disposent d’un terrain aussi vaste et d’une topographie aussi intéressante que la nôtre. Toutefois, l’esprit, la démarche et le processus d’implantation peuvent être répliqués et facilement transposés à d’autres établissements, puisqu’une grande partie du succès repose sur la structure et le type d’accompagnement offert.
Concrètement, les élèves du comité Vélo de montagne conseillent aux élèves des autres écoles souhaitant proposer un projet de cette envergure à leur direction de :
- Rassembler un maximum d’élèves intéressés, puisqu’à plusieurs « notre voix est plus forte ».
- Structurer l’idée pour montrer au Conseil des élèves, puis à la direction qu’on a réfléchi au plus d’aspects possible. « Ça leur permettra de se projeter » dans le projet et d’évaluer sa viabilité.
- « Être une gang motivée », parce que même une fois accepté, le projet rencontrera des défis.
- Solliciter l’implication des élèves intéressés. C’est encore mieux s’ils sont de niveaux différents puisque « chaque niveau apporte quelque chose de complémentaire et ensemble, ça fait un mix parfait ».
La direction, quant à elle, conseille à ses homologues de :
- Faire preuve d’ouverture. Les idées ambitieuses ne sont pas nécessairement irréalistes.
- Faire confiance aux élèves : ce sont les principaux utilisateurs de l’école et ils sont les mieux placés pour savoir ce qui les intéresse.
- Guider et encadrer les élèves dans la réalisation de leur projet en adoptant une posture de type gouvernance, sans « faire à leur place ».
- Être audacieux : « ça peut être intimidant, mais ces élèves nous ont démontré que ce n’est finalement pas si risqué quand l’initiative est cohérente avec l’ADN de notre école ».