Transformer l’organisation scolaire par le biais des données
Catégorie
Réussite des élèves ayant des défis particuliers
Année
Ordre d’enseignement concerné
Projet en un coup d’œil
Depuis 2023, l’École de formation hébraïque a implanté à l’échelle de l’établissement le modèle de la Réponse à l’intervention (RÀI) en littératie. Ce modèle par paliers repose sur des dépistages universels en lecture, administrés trois fois par année à tous les élèves du préscolaire et du primaire, afin de repérer rapidement les besoins et d’ajuster l’intensité des interventions. Les données recueillies (décodage, fluidité, précision) sont analysées en équipe-école au moyen de feuilles de calcul personnalisées, par élève, par groupe et par cohorte. Elles guident les interventions différenciées qui se font en classe, l’organisation des sous-groupes en classe et à l’extérieur de la classe pour le soutien additionnel, la planification des ressources humaines et la formation continue du personnel enseignant.
Cette approche systémique ancre une véritable culture de la donnée au service de la réussite des élèves, l’utilisation des données probantes et des programmes pédagogiques basés sur la recherche tant au sein de la classe pour un enseignement de qualité, qu’en intervention supplémentaire qui parfois se donne à l’extérieur de la classe. L’idée de ce projet repose sur un plan triennal pour être en mesure d’observer les impacts et de mesurer la validité, la fidélité et l’efficacité des interventions.
Changement souhaité
Notre école a mis en place ce projet pour répondre à une hausse des difficultés en lecture, marquée par de grands écarts entre les niveaux des élèves et un suivi encore peu structuré des progrès en classe par les enseignants. Les pratiques et les interventions reposaient rarement sur des méthodes d’enseignement validées par la recherche, et leur importance n’était pas pleinement reconnue par le personnel enseignant. De nombreux élèves nécessitaient un soutien additionnel, les enseignants se déchargeaient souvent sur l’orthopédagogue et ne voulaient pas assumer la responsabilité de la mise en place d'un soutien pour les élèves ayant des difficultés en lecture au sein même de leur classe. Le projet vise donc à instaurer une démarche préventive et d’intervention précoce pour l’apprentissage de la lecture, à structurer le suivi de progrès des élèves. Il sert également à réduire les écarts de difficultés grâce à des pratiques fondées sur les données et la recherche. Il redonne aux enseignants le pouvoir d’agir sur les apprentissages de leurs élèves et les outille pour qu’ils contribuent activement à leur réussite, directement au sein de leur classe dans un premier temps.
Caractère innovant du projet
Ce projet est innovant, car la mise en œuvre du modèle de la Réponse à l’intervention (RÀI) au sein de notre école, a transformé en profondeur le fonctionnement d’une école entière autour d’une culture de la donnée au service de la réussite des élèves. En somme, nous avons introduit une innovation organisationnelle, structurelle et pédagogique majeure, qui allie les plus récentes recherches en lecture à une gouvernance éducative axée sur les résultats concrets d’apprentissage. L’innovation de ce projet se traduit aussi dans la création de communautés d’apprentissage professionnelles (CAPs). Ces CAPs, créées de manière organique, favorisent la collaboration et le développement professionnel continu, permettant à plusieurs enseignants de bénéficier de l’expertise de leurs collègues autour d’un objectif commun : la réussite de tous les élèves. Cette dynamique collaborative représente en soi une innovation importante, car elle transforme la culture pédagogique de l’école et renforce l’efficacité collective et le sentiment commun de responsabilité partagée. Notre école se veut une école modèle RÀI, et nous mettons en œuvre ce modèle tant au niveau pédagogique que comportemental.
Étapes de réalisation
L’implantation du modèle de la RÀI pour le volet littératie de notre école s’est faite graduellement. Après avoir adopté une démarche commune fondée sur la RÀI, l’école a choisi des outils de dépistage universel qui seront administrés trois fois par année à tous les élèves du préscolaire et du primaire. Pour ce faire, les enseignants ont été formés à utiliser ces batteries de tests, à corriger et à récupérer les données et à les analyser. Pendant toute cette période, les enseignants ont eu un soutien intensif avec une conseillère pédagogique experte en RÀI.
Par la suite, nous avons établi un protocole standardisé à l’échelle de l’école, et les parents ainsi que les élèves ont été informés de notre démarche. Ce protocole est suivi à la lettre par toute l’équipe-école incluant une direction extrêmement engagée dans cette démarche et même experte sur ce modèle. Ce protocole précis comprend notamment les dates de dépistage et de rencontres, qui sont inscrites au calendrier scolaire, la préparation du matériel (batteries de tests), la formation des enseignants (mentorat, accompagnement, pratique des tests en équipe-école), ainsi que la saisie rapide des résultats et leur analyse via des feuilles de calcul personnalisées.
Les équipes RÀI et les enseignants se rencontrent pour fixer des objectifs, organiser les sous‑groupes, planifier les interventions par paliers et assurer un suivi continu des progrès. L'importance d’un protocole est d’assurer la fidélité du modèle et de garantir des résultats qui peuvent être comparés. De plus, toutes les actions pédagogiques viennent s’inscrire dans ce modèle, comme notamment l’utilisation des données probantes, l’utilisation de méthodes pédagogiques qui se basent sur la recherche pour l’apprentissage de la lecture (Apprendre à lire à deux, PALS, le programme UFLI, le programme PALS…), qui sont des programmes utilisés directement en classe. Un élément important qui garantit le succès de la mise en œuvre de la RÀI repose sur un changement de paradigme. En effet, la mise en œuvre de ce modèle d’organisation scolaire à l’échelle de l’école doit être explicité à tous les acteurs (Conseil d’administration, parents, élèves…). Dorénavant, on n’attend plus l’échec pour soutenir l’élève ou mettre en place des services : on anticipe, on fait de la prévention et de l’intervention précoce.
Résultats et impacts
Les données comparatives recueillies pour les élèves de la Maternelle à la 2e année au cours des années scolaires 2024-2025 et 2025-2026 révèlent une progression soutenue en littératie. En Maternelle, la reconnaissance des sons et la segmentation phonémique atteignent presque la maîtrise dès la mi-année (près de 100 % en 2025-2026, contre 94 % en fin d’année précédente). En 1re année, les élèves démontrent une amélioration spectaculaire de la conscience phonologique, passant de 33 % à 97 %, tout en consolidant leurs habiletés en décodage et lecture orale. En 2e année, la précision et la fluidité de lecture progressent fortement, passant de 46 % à 85 % à mi-année.
Sur le plan qualitatif, les enseignants observent une hausse notable de la confiance et de l’estime de soi : les élèves se sentent fiers de pouvoir lire et démontrent une meilleure compréhension en français et dans d'autres matières. Selon les témoignages du personnel, les groupes de travail ciblés favorisent cette motivation. Chaque élève reçoit une petite feuille représentant une “cible” d’apprentissage à atteindre; lorsque la cible est atteinte ou surpassée, il peut la présenter fièrement à la direction ou à son enseignant, renforçant ainsi l’engagement et la valorisation des progrès.
Conseils pour implanter ce projet
Pour être implanté dans d’autres écoles, ce projet exige d’abord un engagement clair de la direction qui devra être formée et adhérer complètement au modèle, ainsi qu’une équipe‑pivot, composée notamment de l’orthopédagogue et de la coordination pédagogique, qui devront comprendre et être en faveur de l’utilisation des données pour mettre en place des interventions, ou prendre des décisions. Les milieux doivent se doter d’outils de dépistage communs en littératie et convenir d’une fréquence de passation à l’échelle de tous les groupes. Il est essentiel de prévoir des gabarits de feuilles de calcul ou d’autres systèmes permettant d’analyser les résultats par élève, par groupe et par cohorte, ainsi que des temps de concertation réguliers pour interpréter ces données et prendre des décisions éclairées. Enfin, la planification des ressources humaines doit être arrimée aux besoins identifiés, de manière à soutenir efficacement les interventions différenciées et à assurer la pérennité du modèle dans d’autres contextes scolaires. Pour implanter ce projet, une école devra se doter d’un protocole standardisé de mise en œuvre qui devra être respecté, s’assurer de bloquer du temps au calendrier pour les formations du personnel, puis pour les dépistages et pour les rencontres de suivi. Ce projet que nous présentons est un modèle d'organisation scolaire à l’échelle de l'école, et selon notre expérience, il faut environ 3 ans pour bien l’implanter au sein de l'école et voir l’impact sur la réussite scolaire des élèves. Nous mettons en document joint le guide complet du modèle de la RÀI au sein de notre école qui comprend le protocole standardisé.