Nouvelle
Persévérance scolaire : pour une école à 1001 vitesses
Lettre ouverte de Vickie Viens publiée dans Le Journal de Montréal le 20 février 2026.
Vickie Viens est directrice générale de la Fédération des établissements d’enseignement privés. Elle œuvre en éducation publique et privée depuis plus de 25 ans.
Chaque semaine, des centaines d'élèves québécois se désengagent de l'école. Non pas par manque de talent ou de motivation, mais parce que ce qu'on leur propose ne résonne plus ou parce que le soutien arrive trop tard. Trop souvent, leur parcours ne correspond plus à qui ils sont. On parle beaucoup de l'école à trois vitesses ces jours-ci. À mes yeux, le vrai problème n’est pas le nombre de vitesses, mais l'incapacité du système à s'adapter rapidement aux besoins réels des élèves.
Après 25 ans en éducation, dans les écoles publiques et privées, je défends une autre vision : le Québec a besoin d'une école à 1001 vitesses, non pour créer plus d’inégalités, mais pour que les écoles s’adaptent à la réalité de chaque élève.
Certains s’épanouissent dans un programme particulier qui donne du sens à leur parcours. D'autres persévèrent lorsqu’un adulte intervient rapidement. D'autres encore progressent dès qu'on ajuste leur horaire ou qu'on leur offre un encadrement serré. Dans ce contexte, une seule vitesse ne peut suffire.
Je comprends la quête d'équité qui anime le débat actuel. Mais limiter les parcours n'aidera pas les élèves qui abandonnent aujourd'hui. C'est en multipliant les options et en donnant aux écoles la capacité d'agir rapidement qu'on favorise la réussite.
Agir dès les premières heures
La persévérance scolaire se construit dans la capacité d'une école à intervenir tôt. Elle se gagne chaque jour par des gestes concrets qui empêchent un élève de décrocher.
J'ai vu des élèves s’accrocher parce qu'une direction a embauché un professionnel en quelques jours plutôt qu'en quelques mois. D’autres ont retrouvé l’intérêt grâce à un projet mobilisateur mis en place sans délais inutiles. Et trop souvent, j'en ai vu quitter parce que l'intervention est arrivée trop tard.
Une école qui agit ne transmet pas seulement des contenus. Elle crée un milieu où l'élève se sent reconnu. Le sentiment d'appartenance, la qualité des relations avec les adultes et l’attention aux premiers signes de difficulté influencent directement la trajectoire d'un jeune. Ce sont ces décisions prises près du terrain qui font la différence.
Le sens avant tout
Un élève reste à l’école quand il comprend pourquoi il y est et voit un lien entre aujourd'hui et demain. Cela exige des approches variées, de la souplesse dans les parcours et la capacité d'ajuster rapidement les interventions.
Le débat se concentre trop souvent sur les structures plutôt que sur les pratiques efficaces. Chaque élève peut réussir si on lui offre le bon parcours au bon moment.
Je rêve d'écoles où une direction peut embaucher rapidement, où une équipe peut adapter un parcours sans attendre des mois et où la persévérance scolaire n'est pas un slogan, mais une priorité vécue au quotidien.
L’autonomie comme levier concret
La clé n’est pas de choisir entre public et privé. Elle est de reconnaître que l’ensemble du système doit gagner en agilité.
Trois gestes simples permettraient d’agir concrètement sur la persévérance scolaire.
D’abord, redonner aux directions une réelle autonomie pour organiser leurs services selon les besoins de leurs élèves.
Ensuite, permettre une capacité d’embauche plus rapide lorsque des enjeux émergent, notamment en soutien psychosocial et en adaptation scolaire.
Enfin, élargir et bonifier l’offre de parcours à l’intérieur des réseaux existants plutôt que de chercher à les uniformiser. Les programmes réguliers, les projets particuliers et les parcours adaptés doivent coexister.
Concrètement, cela suppose de maintenir les trois vitesses actuelles tout en bonifiant l’offre à l’intérieur de chacune d’elles. Il ne s’agit pas de réduire les parcours, mais d’élargir les options afin de mieux répondre aux besoins variés des élèves.
C’est en donnant aux écoles davantage d’autonomie pour adapter leurs ressources et ajuster les parcours sans délais inutiles que nous agirons sur la persévérance scolaire. La solution n’est pas l’uniformité, mais l’agilité.
Faire confiance à ceux qui font l’école
Une école à 1001 vitesses reconnaît que la diversité des parcours est une richesse. Cette vision concerne le public comme le privé. Si nous voulons réellement répondre aux besoins de tous les élèves, l’ensemble du système doit offrir une pluralité de parcours et faire preuve d’agilité.
Je signe cette lettre comme directrice générale, mais surtout comme éducatrice. Pour chaque élève qui décroche, il existe une voie pour le ramener en classe.
La meilleure école, c’est celle qui peut agir. Maintenant.
Consultez la lettre publiée dans le Journal de Montréal le 20 février 2026.
Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP)
La FEEP est un OSBL qui offre une gamme de services aux écoles privées québécoises pour les soutenir dans leur mission et favoriser l’innovation en éducation.
Pour information
Julie Ravenda
[email protected]514-381-8891, poste 238